Recueil de poèmes et de nouvelles, la tambouille rassemble une sélection d’écrits de jeunesse avec le livret « Adolescence » et plus mûrs avec le livret « Sentier ».

Partir

Partir, -mieux rester dans son désordre- partir.
Quêter dans les ailleurs, les bas-fonds, les frontières
les restes de son leste, les traces de son hier
s’envoler dans l’ivresse du manque et du mentir

Mentir -mieux s’avouer son désordre- mentir.
Paresser dans le vide, un trou dans la lumière
qui crève le chapeau, l’écho d’une prière
au désert silencieux qui finit de rôtir

Je brûle mon cœur, ma sœur, ne vois-tu rien venir
derrière le ciel immonde, le soleil qui merdoie
l’ironie et son rire qui nous montre du doigt?

Fleurs de myosotis et regrets s’entrelacent
pleine de ma tendresse, lourde comme un menhir
ma besace est restée chez toi.
              -Veux-tu?- Je passe.

Agatha (extrait)

Son verre se vide alors que le gel couvre l’asphalte, imprimant le pas pressé des derniers égarés. Mais il lui faut de l’air, même froid, même piquant. Dehors, il respire à plein poumon les effluves d’essence, d’égout, de fruit blet, de parfum bon marché, de sueur, d’éther, de merde canine, de tôle humide, de frite grasse, de suie et d’albumine.

Face aux murs, aux ruelles froides et aux portes blindées, il sent sa tête comprimer. Dans son cerveau brille une nouvelle quête:

« Agatha! »

Le froid lui fouette le visage, et le bandeau d’étoiles qui semble l’envelopper, ne le protège ni des gifles ni des morsures du gel. Mais quelque soit le temps, c’est toujours le nez en l’air et la semelle foulant au hasard des trottoirs que l’on fait des promesses aux soleils naissants et aux astres nomades.

« Agatha,

je me surprend à me demander où tu es alors que je ne sais pas où je suis. »

Agatha!

Budapest, Tizi-Ouzou, Tel Aviv, Tachkent, P’yongyang, Caracas et le soulier percé et la crasse sous les ongles et la poussière dans l’œil et l’horizon dans les tripes! Agatha! Parfum enfouit dans les tréfonds de l’être et les bas-fonds des quêtes; ombre planant sur les rondeurs déchiquetées du globe; ventre chaud ; corps abri dans les nuits fraîches des berges d’Islay. Agatha, il ne reste de toi qu’un souvenir enfouit dans la vase des sentiments, l’écho d’un rire dans les vallées du bonheur, le tressaillement des corps sur les berges de la tendresse et pour seule preuve tangible des aspirations entremêlées, une vieille lettre alourdissant la besace de ton amant et qui ne t’est jamais parvenue.